Appartenons-nous au marché des matières premières ? (à propos de cette fameuse zone dollar)
En effet, après avoir posé moi-même, et à plusieurs reprises, la question de l’impact des fluctuations monétaires sur les effets prix dans les zones offshore, j’en arrive aussi à me demander, en poussant le raisonnement un peu plus loin, si nous, les développeurs et prestataires intellectuels, appartenons en fait à la catégorie des matières premières ?
On pourrait ainsi, c’est une provocation, imaginer une cotation de l’heure de développeur, aux côtés de celle du kilo de café et du baril de pétrole.
Figurez-vous qu’on n’en est pas si loin… De grands groupes recommandent désormais à leurs services achats et aux DSI de privilégier la zone dollar, en donnant des targets généralement comprises entre 18 et 25$ de l’heure… Et la zone dollar, c’est aussi les marchés de matières premières.
Deux questions se posent ; philosophique et économique. Chacun son job, je ne m’intéresserais ici qu’à la deuxième, même si j’ai bien peur que ma réponse soit liée à la première.
Je crois en effet, après réflexion, que le rapport entre les coûts de développement logiciel et la monnaie est extrêmement minime. J’avancerai 3 preuves :
1. un développeur américain est plus payé qu’un développeur français (même en convertissant son salaire en euro)… hé oui !
2. un développeur de Kiev a le même salaire net qu’un bucarestois – pourtant l’un est sous influence $ et l’autre est sous influence €
3. la consommation et les besoins d’un dev américain ou français sont pratiquement les mêmes : ordinateur fabriqué en extrême orient, voiture européenne ou japonaise, fringues fashion européennes
Ajoutons la contrainte de la demande, qui pour des années est orientée à la hausse, que ce soit en $ ou en €.
Le problème de compétitivité de la zone €, ne vient pas des salaires directs mais des charges qui pèsent sur eux, conformément aux visées sociales et humanistes de l’Union. Le problème de la zone $, c’est l’inflation que génère la dégradation de la monnaie de référence. Choisir la zone $ pour des prestations d’ingénierie logicielle à l’heure actuelle, ça veut dire faire 4 budgets par an. Le choc culturel peut s’avérer très violent pour une entreprise française ou allemande.
Par ailleurs, cette inflation en zone dollar s’accompagne de soubresauts souvent terribles en termes de production. En effet, la revendication salariale qui accompagne les dépréciations du dollar ne manque pas de générer un turn over parfois ébouriffant. L’Inde est en zone $, certes… mais c’est bien la surperformance de la roupie sur le $ qui agit comme un multiplicateur du turn over. Les acheteurs européens devront d’ailleurs bientôt intégrer que l’Inde n’est pas en zone $… mais en zone Roupie. Le mouvernement chinois multiplient les signaux avertissant de la prochaine remontée du Huan pour contrer l’inflation.
Aussi, et solennellement devant vous, je livre ma conclusion après un an de voyages et d’analyses. Le top du top, c’est :
1. Etre établi en zone dollar, car il est vrai que le niveau des coûts salariaux annexes y est globalement plus favorable
2. Fixer les salaires soit en €, soit en monnaie locale, quand elle est suffisamment fiable. Vous rassurez ainsi vos employés qui ne voient pas le salaire discuté en octobre s’éroder de déjà 2% en novembre (une fois converti en monnaie locale). Car ce qui est déterminant, ce n’est pas d’être en $ ou en € au départ, mais bien les variations de la monnaie locale à votre monnaie de référence. Les entreprises indiennes vivent cette situation depuis des mois.
C’est ce que Pentalog a fait en Moldavie. Tous nos confrères ou presque travaillent en $, le plus gros en £ (-9% en 6 mois). Le résultat est excellent pour nous.
Il y a aujourd’hui un véritable effet de mode, dans les services achats, sur l’utilisation de l’expression « zone dollar ». Cela devient la tarte à la crème. Aucun des acheteurs de prestation de services que j’ai pu voir ne savent ce que ça veut dire dans notre métier et quels seront les impacts, POUR EUX, clients, de ce choix. Aucun n’a conscience que le salaire négocié en $ sera converti, au moment de son versement en monnaie locale… et que bien sûr les salariés exigeront au moins le maintien de leur pouvoir d’achat, en monnaie locale aussi, d’un mois sur l’autre. Il y a bien longtemps que chez nous, nous avons mis en place des amortisseurs mathématiques, intégrés à nos calculs de rémunération, pour palier les variations des monnaies mineures.
Je trouve extraordinaire, en ce moment de voir la ruée des entreprises anglo-saxonnes sur l’Europe de l’Est, car déjà très internationales, elles ont bien compris qu’un ingénieur ne se paye pas comme un quintal de blé, mais sur un niveau de satisfaction… particulièrement en période de pénurie mondiale de ressources humaines.
Le discours politique sur le niveau de l’€ a rendu tout le monde un peu fou, je le crains. Cette fameuse zone dollar peut coûter bien cher quand on ne la connaît pas.
| Posted on ven., 22 fev. 2008 11:05 by flasnier (924 day(s) old) | ||||||||
|










Déposé le jeu., 19 jun. 2008 16:03 par Le blog de l’outsourcing, de l’offshore, du nearshore et du local » Blog Archive » Offshore et rapport Euro / Dollar (86è épisode)
[...] comme je l’ai dit il y a plusieurs mois, les êtres humains ne sont pas des matières premières. Leur besoins vitaux restent les mêmes avec [...]
Déposé le jeu., 4 sep. 2008 16:17 par Le blog de l’outsourcing, de l’offshore, du nearshore et du local » Blog Archive » petit match “Roumanie-Casashore”
[...] nette, on fait attention non pas au rapport €/$ mais au rapport d’échange de la monnaie locale ( http://blog.pentalog.fr/offshore-europeen-vs-offshore-mondial/appartenons-nous-au-marche-des-matiere... ), on fidélise en associant ses cadres… C’est toute la structure, y compris administrative et [...]