Impressionné par Muhammad Yunus, je réfléchis à l’offshore social et au capitalisme local des LCC

Ceci n’est pas une des nombreuses provocations dont je suis coutumier. Cet article est le premier d’une série de 3, consacrés au rapport entre sociétés offshore et système économique et social local.
Il y a longtemps que les questions sociales liées à mon métier me préoccupent. Récemment, j’ai consacré un billet qui s’intéressait à la répartition des valeurs ajoutées entre zone offshore – les LCC (low cost countries) – et les pays de l’Ouest et du Nord. Ce billet montrait que loin de nuire aux économies occidentales, l’offshoring élargissait la capacité de production des nations occidentales et leur profitait en dernière analyse. Je suis à 100% sûr de cela.
En revanche, je suis beaucoup plus inquiet relativement à l’impact des entreprises offshore dans les low cost countries. En effet, d’un point de vue des ressources humaines, je dirai que le bilan est positif. Les activités des offshorers constituent bien souvent l’avant-garde en matière de salarisation : officialisation des revenus (pas chez tout le monde toutefois), salaire plus élevés et soumis à des rythmes de progression élevés.
En revanche, ce qui me travaille beaucoup plus, c’est le manque de développement d’un capitalisme local fort. Je ressens particulièrement ce problème dans les pays dans lesquels nous nous implantons.
Les activités d’offshore se sont beaucoup restructurées ces dernières années. Les petites sociétés de moins de dix salariés sont quasiment en voie de disparition tandis que les compagnies de 100 salariés et plus connaissent une croissance exponentielle (nous sommes parfaitement représentatifs de cette tendance). La plupart de ces sociétés de croissance sont comme nous issues originellement de pays étrangers (ce n’est toutefois pas le cas de toutes, je ne voudrais pas généraliser). Disons que les modèles d’industrialisation des activités informatiques offshore requièrent désormais des capitaux conséquents pour financer des data centers puissants et des locaux au top niveau pour impressionner les clients venus de l’Ouest. Je suis absolument certains qu’il faut beaucoup plus d’argent pour construire aujourd’hui sa SSII offshore en Roumanie que pour démarrer une activité de boîte à régie à Paris. Les besoins sont sans commune mesure. Si nous avons pu nous établir en Roumanie avec un budget de 75 000€ en 2000, j’estimerai l’effort nécessaire, pour un tout petit projet d’entreprise, à une avance de 150 000€ aujourd’hui.
Vous comprenez le problème, n’est-ce pas ? Si le salarié parisien peut se mettre à son compte, avec un ou deux copains mettant sur la table 10 000€ chacun, c’est en revanche presqu’impossible aujourd’hui pour les salariés des LCC. Pourtant, ce n’est pas l’envie qui leur en manque !
Ajoutez à cela un déficit de l’offre d’Epargne pour constituer le pécule nécessaire, et une fermeture totale à l’idée de crédit aux entrepreneurs du secteur bancaire, et vous avez une vision relativement exacte de ce que peut être le développement des entreprises IT dans ces pays. Le fantastique potentiel de développement qu’ils représentent ne leur profitera qu’au travers du salariat.
L’article consacré à Muhammad Yunus par le magazine Challenge du 26 au 28 mars n’était assurément pas consacré à l’IT offshore, mais, après être revenu sur le parcours du seul être humain qui pourrait recevoir le Prix Nobel d’Economie, après avoir reçu le Prix Nobel de la Paix, en 2006, l’article évoquait le nouvel ouvrage de Yunus (que n’ai pas lu) : « Vers un nouveau capitalisme » tout entier consacré au « social business » !
A suivre demain : « A la recherche d’un nouveau modèle – rentable pour les compagnies et utile aux LCC »
| Posted on ven., 4 avr. 2008 9:34 by flasnier (1504 day(s) old) | ||||||||
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